MAULÉON / MAULE

LE NOUVEAU BÉBÉ DE MARC LARGE

L’illustrateur dacquois Marc Large vient de publier un nouveau livre "Xan de l’ours", une fiction -située à mi-chemin entre le fantastique, le policier, et le récit historique et naturaliste- qui se déroule en haute-Soule !

Marc Large est dessinateur et illustrateur de métier. Auteur de plusieurs carnets de croquis et de bandes dessinées, il vit de son art, anime des chroniques pour la chaîne de télé Alegria, ou réalise des storyboards pour le cinéma. Il écrit aussi des livres, à ses heures. Après « les premiers hommes du Sud-Ouest » (2006 - éd. Cairn), il vient de publier son premier vrai roman, intitulé « Xan de l’ours, la légende de l’homme sauvage », une fiction entre fantastique et naturalisme, qui reprend des évènements et des personnages réels du passé, et qui se déroule autour de Sainte Engrâce... Interview :

Euskobizia : Marc, tu est un auteur/dessinateur multicasquettes, ça te vient d’où ?
Marc Large : J’ai hérité ça de mon père, qui le tenait de son père. J’ai grandi en Afrique. Mon grand-père était prof de dessin. Il a été muté à Dax, ma famille s’y est implantée, et y vit toujours depuis.

Euskobizia : Pourquoi faire un roman dont l’histoire se déroule en Haute-Soule, et qui parle de l’ours ?
Marc Large : Le Pays Basque montagnard m’a depuis toujours attiré. Je connais bien les environs de Sainte-Engrâce, dont je me suis fortement imprégné avant d’entamer l’écriture de cet ouvrage. J’ai une prédilection pour la randonnée, l’observation de la faune, et tout ce qui a trait au pastoralisme. J’ai écrit plusieurs livres sur les proto-basques, et sur les Pyrénées sauvages. Au cours de ces divers travaux, j’ai trouvé des similitudes avec le règne animal. Très vite, je me suis intéressé à l’ours, qui est un animal fascinant, car c’est le dernier grand fauve d’Europe, emblématique de l’ancienne culture basque et pyrénéenne. C’est ainsi que, de fil en aiguille, j’ai atterri sur la légende de « Xan de l’ours », une histoire qu’on retrouve un peu partout à travers le monde -avec des variantes-, du Japon aux Balkans, jusque chez les indiens d’Amérique...
L’ours est un animal anthropomorphe, qui se dresse sur ses pattes postérieures, et laisse des empreintes semblables à celle des pieds les hommes. Nous avons toujours eu tendance à l’humaniser, et ce jusque dans la racine des mots : en basque, l’ours, c’est « Artza », le berger, c’est « Artzain ».

Euskobizia : En dehors « Xan », dont tu expliques l’existence par quelques pistes scientifiques à la fin, quelle est l’idée principale de ton livre ?
Marc Large : C’est le choc des cultures entre un monde sauvage et superstitieux, et celui d’un érudit de la très superficielle cour du roi. Mais au contact de la nature, le héros retrouve l’innocence et le vrai. Le personnage principal, Daubenton, a réellement existé, tout comme d’autres célébrités locales qui apparaissent dans l’histoire, comme le très controversé curé contrebandier Haritchabalet. En fait, j’ai eu beaucoup de chance, car tous les éléments de ce roman se sont mis en place tout seul, de manière cohérente et concordante.

Euskobizia : Pour finir, quelle est ta position au sujet de l’ours ?
Marc Large : Je n’ai pas une opinion tranchée. Je comprends la souffrance du berger qui retrouve ses brebis abîmées, à moitié dévorées et toujours vivantes, mais je suis aussi profondément touché par la disparition des derniers ours des Pyrénées. Or, je pense qu’homme et ours peuvent cohabiter ; mais que de temps perdu à batailler ! Les bergers ont des problèmes plus graves et plus urgents que le plantigrade, qui est devenu un bouc émissaire, et camoufle les maladresses de l’état. C’est la mort de Cannelle qui a précipité les choses... Alors il faut aider les bergers, mais aussi protéger l’ours. Car si on protège l’ours, on protège tout le reste.
Quelque part, on pourrait dire que le livre fait le parallèle entre la disparition de l’ours, et celle d’une ancienne culture du fait de l’église, qui a voulu tout dompter, maîtriser, absorber, aseptiser.

Propos recueillis par E.H.BOYER.